Trois petits anoures du Bristish Museum

Je vais faire aujourd'hui ce que tout bon historien d'art se devrait d'éviter : émettre un jugement esthétique. Et pourtant, c'est bien subjectivement que j'ai choisi ces trois objets issus des collections du Bristish Museum de Londres. Visuellement leur aspect m'a attiré l'oeil, et ma sélection s'est ensuite effectuée selon le lieu de provenance. Autant fournir un peu de diversité pour nous faire voyager dans le temps et l'espace.

Le premier objet nous fait remonter quelques 5000 ans auparavant, sur le territoire de la culture de Naqada, en Egypte prédynastique. Réalisé à partir de pierre à multiples inclusions, ce récipient représente un anoure au repos dont les yeux percés contenaient certainement des ornements circulaires. Ses petites dimensions (L. 5.9 cm x l. 4.9 cm x h. 3.6 cm), ses anses latérales et son col court aux lèvres plates lui donnent un air intimiste, comme une fiole contenant quelque élixir à conserver précieusement par son propriétaire. Bien sûr je m'égare, mais l'extrapolation assumée a un côté réjouissant. 

Récipient en forme d'anoure. 1939,0324.103. © The Trustees of the British Museum

Avançons dans le temps et acheminons-nous jusqu'au sud iraquien, où attendait cette sculpture polychrome produite sous l'empire akkadien (2400-2200 av. J.-C.). L’agate polie dont est composée cette amulette percée lui donne un aspect unique, les veines de la pierre jouant avec la physionomie de l'animal. Les tâches colorées sur la patte postérieure, les cercles de la patte antérieure, la courbe surmontant l'oeil, la ligne traversant le dos jusqu'à franchir les narines et se perdre sous le cou... Des photos pluridimensionnelles auraient rendu un meilleur hommage à ce pendentif pensé et travaillé pour jouer avec les formes de l'anoure et les différentes couleurs de la matière. Là encore, la petitesse des dimensions (L. 2.7 cm x l. 2 cm x h. 1.2 cm) rajoutent à l'impression de préciosité. 

Amulette anoure. 1935,0413.1. © The Trustees of the British Museum

Enfin, à quelques 2400 ans de nous, une bague en or provenant du nord du bassin méditerranéen allie deux espèces souvent associées : l'amphibien anoure et le serpent. Ici, les extrémités des membres de l'anoure supportent la gueule de 4 serpents qui semblent surgir de l'anneau. 
L'anneau se compose de trois bandes entrelacées et ornées de petites billes d'or. Le diamètre externe atteint 1.8 cm, le diamètre interne étant de 1.3 cm. La longueur de l'anoure est de 1.7 cm pour un poids total d'environ 3 g.
Remarquez la qualité des détails : les traits anatomiques des têtes des reptiles, les muscles et les points en relief sur le dos de l'anoure, ainsi qu'une fleur (possiblement de lotus)  disposée devant la tête et le postérieur de l'anoure comme pour rappeler le lieu d'où provient l'animal ou peut-être l'endroit où se déroule la scène. 
Si l'association des deux animaux est courante, notamment dans les Amériques, elle semble ici être une plus rare occurrence.  Il est dit que cette bague proviendrait d'un atelier sicilien, bien qu'aucun marqueur ne vienne le confirmer. Une réplique fut retrouvée dans une tombe du site de Megara Hyblaea (colonie grecque de la côte est sicilienne), alors qu'à Roccagloriosa (province de Salerne, en Campanie) c'est un noeud d'Héraclès (ou "noeud d'Hercule") qui remplaçait la figure de la grenouille sur une bague de même type.   

Bague anoure. 1872,0604.52. © The Trustees of the British Museum

En espérant que vous aurez apprécié autant que moi cette trop courte incursion dans la socialisation de l'anoure avant notre ère...
Grenouillement votre, 
Sandra 




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